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« On mérite mieux »: une lettre pour Spin Magazine

André Péloquin
21 janvier 2012

Cher Spin Magazine,

Tout d’abord, à l’image des auditeurs qui lancent des « Félicitations pour vot’ beau programme à qui mieux mieux à Ron Fournier, j’aimerais saluer ton magazine qui, on se le rappellera, a grandement contribué à ce grand massage de gland collectif qui ne cesse depuis ton fameux article en 2006. Encore tout récemment, je citais un de tes articles dans un billet de blogue qui a été repris le lendemain par Reuters. Bref, t’as de l’influence et des pages glacées. Bravo, bravo!

Ceci étant dit, je dois t’avouer que ta nouvelle lubie me déçoit amèrement. Dans un article intitulé “Spin réinvente la critique de disques en introduisant @SPINReviews”, tu t’accapares une pratique mollassonne et déjà éculée, le critique Christopher R. Weingarten appliquant la formule de la critique CD condensé en un tweet depuis des mois et le compte Twitter qui est lié est déjà au bout de sa logique (bref, c’est de plus en plus plate). Mais ça, tu le sais déjà, car tu viens d’engager Weingarten…

Bien que les nouveaux médias ont démocratisé l’exercice, car, comme tu le laisses sous-entendre dans ton texte, un internaute possédant un blogue et un compte sur what.cd peut rivaliser, voire éclipser, le pauvre critique qui se nourrit toujours à la mamelle d’une industrie qui tarde toujours à s’imposer habilement sur le 2.0.

Mieux encore, en quelques cliques, n’importe qui et sa tante peut se patenter une critique hyper licheuse ou incroyablement cruelle, mais n’effleurant toujours que la surface de l’oeuvre, et qui a le potentiel de s’imposer, car celle-ci sera “likée”, retweetée ou reprise par l’attachée de presse, l’artiste ou le label même si l’exercice ressemble parfois à s’y méprendre au communiqué de presse en découlant.

Et ça, c’est sans compter la fameuse crise de l’imprimé qui fait en sorte que l’espace alloué aux critiques d’oeuvres d’art est de plus en plus anémique (quoique, de l’autre côté du spectrum, les tartines de Pitchfork n’ont plus autant d’impact qu’avant). Bref, l’adage galvaudé est devenu le gospel: “Everyone’s a critic”… et c’est tant mieux.

Mais…

Mais ce n’est pas une raison pour imposer cette formule – un album en 140 caractères afin de couvrir plus d’oeuvres – afin de ne garder la crème de la crème pour tes pages. Tout d’abord, le groupe obscur mérite autant, et parfois, sa place dans tes pages que l’énième marde des Red Hot Chili Peppers (désolé, j’hais les RHCP presque autant que les tomates), mais résumer un disque en un tweet est aussi insultant pour l’artiste (qui, on l’espère, s’est donné corps et âme pour capter son oeuvre) que pour le lecteur (qui fera fi des nuances apportées par des critiques plus détaillées) et vos collègues (déjà que le rôle du critique a été édulcoré au fil des années, là on lui met la tête sur le billot).

Bref, tweet des critiques si tu veux, mais, pour l’amour du ciel, ne gonfles pas cette pratique comme si c’était “l’avenir”, s’il vous plaît.

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