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Podmodernisme

Le GAMIQ, qu’ossa done?

André Péloquin
19 novembre 2010

Deux semaines après un Autre Gala de l’ADISQ « malaisant », et la « consécration » de Star Académie la semaine suivante, c’était au tour du GAMIQ d’honorer les artistes de la scène locale dimanche dernier. Quelques minutes à peine après le dernier accord craché par Death Boath, la dernière prestation du gala, le manège des commentaires reprenait. Olivier Lalande (collègue au Voir et au Nightlife) a notamment « tweeté » que le fonctionnement du GAMIQ devrait être revu, car le jury a préféré les œuvres de Fred Fortin et du Husky à celles de Sean Nicholas Savage et Philémon Chante. Alain Brunet, de son côté, soulignait, sur son blogue Cyberpresse, les recoupements entre le GAMIQ et l’ADISQ. Aujourd’hui sur Podmodernisme : on s’interroge sur la place du GAMIQ dans le paysage alternatif québécois pis « devil calice » !

ADISQ, GAMIQ, ETC.

Rejoint quelques jours après la tombée du rideau,  Sébastien Charest, directeur du scrutin, se remettait toujours de l’événement. De son côté de la scène, la cinquième édition du gala est un succès. « Ça s’est super bien passé. C’est exactement ce qu’on voulait : un gala dynamique, sans temps mort, une bonne ambiance et un mandat clair. » Plus tôt cette année, le GAMIQ annonçait un remaniement de ses règlements, dont celui-ci :

« Les artistes alternatifs qui bénéficient d’une visibilité grandissante dans les médias commerciaux et grands réseaux n’ont pas été considérés éligibles pour l’édition de cette année. »

Malgré les précautions prises par la direction du gala, la présence de certains « gros noms » (dont Bernard Adamus et Radio Radio qu’on a aperçus lors des semaines précédentes à l’ADISQ ou encore Fred Fortin) a « troublé » certains observateurs. « On a tenté de tracer une ligne », tranche Charest lorsqu’interrogé sur ce nouveau triage. Bien que les définitions d’artistes « alternatifs » et « émergents » demeurent floues, le directeur du scrutin du GAMIQ affirme que l’organisation s’est basée sur une panoplie de données (positionnement dans certains palmarès, mise en marché, etc.) pour écarter certains gros noms qui font affaires avec des labels dits « underground ». « C’est clair qu’on ne peut pas considérer toutes les parutions des Indica, Bonsound, Grosse Boîte et Dare To Care, par exemple », s’exclame-t-il tout en ajoutant que ces étiquettes se sont pliées aux arguments apportés par le GAMIQ pour construire ses listes de finalistes.

En dépit des efforts déployés par le comité organisateur de ce gala pour déterminer ce qui a fait surface ou non, certains doublons subsistent. « Bien qu’on tente d’éviter les recoupements, le « timing » joue contre nous vu que ces événements sont pas mal en même temps », confie Charest. Autre facteur pour expliquer la présence d’artistes sur ces deux podiums distincts : leur bonne étoile. « Oui, Bernard Adamus a gagné à l’ADISQ et au GAMIQ, mais il faut garder en tête qu’il a connu un début de carrière exceptionnel ! »

À propos des Fortin, WD-40 et autres vieux routiers qui caressent, encore et toujours, la ligne élusive entre « l’émergence » pis « un morveux de Star Académie reprend mes tounes, esti », Charest mentionnera un fait pas bête du tout : qu’ils aient « émergés » ou non, certains de ces artistes tentent de demeurer dans ce circuit parce qu’ils y sont à l’aise, tout simplement. « Prend Camaromance, par exemple », lance Charest. « Je crois que ça pourrait percer, mais Martine [Groulx, leader de ce projet folk] ne veut pas faire le saut. Elle se plait chez les “indés”. »

Remanier ou réaffirmer ?

Un autre changement apporté à cette cinquième édition a aussi été remis en question au cours des derniers jours:

« Les nominations et les lauréats des treize catégories Album (Album Chanson, Électro, Électro Rock, Expérimental, Folk/Country, Hip-Hop, Indie Rock, Métal/Hardcore, Pop, Punk, Rock’n'Roll, World et DVD) seront dorénavant élus exclusivement par des jurys spécialisés. »

Charest a aussi défendu cette décision. « Une autre alternative aurait été de former des jurys spécialisés qui se réunissent pour débattre ensemble, mais ça soulèverait d’autres questions. Parmi celles-ci : qui se retrouve sur ces jurys élitistes et quels juges, par le fait même, sont écartés ? Comment déterminer ces jurys ? Tenter d’avoir autant de juges francos qu’anglos ? etc. »

Bien qu’il soit un peu tôt pour discuter de la sixième édition, tout porte à croire que les changements amenés cette année y sont pour de bon.

Eh! boule de gomme? Es-tu devenu un gala?

« C’est quoi la place du GAMIQ au sein de la scène locale? »

Moi qui m’attendais à me faire rabrouer avec une question aussi « pee-wee » et « large », j’ai été agréablement surpris. « Notre place, je dirais qu’on l’a retrouvée cette année », glisse Charest. Tiens, tiens.

On se rappellera qu’en plus de la tenue de la première édition du GAMIQ, 2005 a aussi été déterminante pour la scène locale, car c’est aussi à cette époque qu’on a publié ces fameux articles du New York Times et du magazine Spin qui qualifiaient Montréal de « nouveau Seattle » de la musique « underground ». Tout comme de nombreux artistes qui se sont retrouvés catapultés dans le « mainstream », l’organisation menée par Patrice Caron, producteur de l’événement, a dû ramer pour retrouver son souffle et s’adapter. « Le GAMIQ, c’est une célébration de la scène locale», muse Sébastien. Une formule simple, mais qui suffit.

Jouer au gérant d’estrade

Qu’on soit en accord ou nom avec les gagnants de la cinquième édition du GAMIQ, l’événement demeure tout de même un chouette panorama de ce qui s’est fait de bon dans notre coin de pays au cours des derniers mois. Après tout, la grande majorité des nommés se sont retrouvés sur les palmarès de CHOQ, CIBL et CISM. On les a vus à Pop Montréal, aux Francouvertes, en tournée ou encore dans des salles miteuses de Montréal. On a consulté les critiques de leurs disques dans le Voir ou sur bandeapart.fm. On a aussi lu leurs entrevues dans le Nightlife ou sur bangbangblog.com. Bref, plusieurs victoires prévisibles, mais surtout pas de «surprise» à la Bobby Bazini ici.

Bien que seulement deux bourses de 1 000$ sont remises pendant tout le gala, les prix distribués – des peluches cette année – sont quand même chargés d’une valeur symbolique non négligeable: une bonne tape dans le dos.

J’aimerais vraiment être blasé et remâcher les clichés à la « bah, pourquoi un autre gala? », mais je me suis vraiment, mais vraiment, amusé ! Charest a raison : le GAMIQ a potentiellement retrouvé sa flamme cette année. Hormis quelques détails (quelques interventions et remerciements était inaudibles, l’humour de Vidons-la don’ la question demeure un mystère insondable pour moi, etc.), ce fut un joyeux bordel, une saprée de bonne foire rassembleuse pis un pari réussi.

Un commentaire
  • Anne
    19 novembre 2010

    Très intéressant! Ta conclusion rejoint celle de plusieurs spectateurs, je crois : le GAMIQ a retrouvé sa flamme dans une salle qui lui convient avec des perfos intéressantes et pas nécessairement les plus évidentes. Un gala à l’image de la scène qu’elle célèbre.

    Quant à l’humour de Vidons-la don’, il vogue simplement sur des sphères trop élevées pour ton esprit terre-à-terre! ;)

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